28 juin 2010
©1969-Robert Kramer (photo extraite de Ice)
lundi 28 juin, 19h30
Séance illegal_cinema #6
Ice, un film de Robert Kramer (États-Unis, 1969, 2h15)
Underground, un film d’Emile de Antonio (États-Unis, 1976, 1h28)
Winter Soldier, un film du groupe Winter-film (États-Unis, 1972, 1h36)
One P.M., un film de Jean-Luc Godard et D.A. Pennebaker (États-Unis, 1972, 1h30)
Cette séance, composée de quelques extraits de ces quatre films, est proposée et présentée par le new-yorkais Alexander Provan, écrivain et fondateur de la plateforme Triple Canopy.
©1972-D.A. Pennebaker & J.-L. Godard (photo extraite de One P.M.)
Le poids de l’air / The weight of air (par A. Provan) :
Prenant part aux séances d’illegal_cinema conçu par la plateforme serbe TkH-Walking Theory, le rédacteur en chef de Triple Canopy, Alexander Provan, présentera une projection de travaux censurés ou marginaux issus d’une collaboration entre des réalisateurs et des activistes, ou qui rend poreuse la frontière entre les deux, invalidant par là même la distinction entre l’action et la représentation, la propagande et l’art. Succédera à cette projection une discussion autour de la nostalgie qui entoure la relation entre l’expérimentation filmique, l’autorité artistique, et la politique gauchiste, les technologies “de récit de la vérité” et les personnages, dans les années 1960 et 1970. Nous réfléchirons aussi sur le pouvoir des partis politiques de droite sur leur propres modes d’auto-représentation, comparables aux modes utilisés par les partis adverses.
Les séances d’illegal_cinema se déroulent tous les lundis à 19h30 aux Laboratoires d’Aubervilliers.
illegal_cinema
illegal_cinema est la version française du projet conçu par le collectif serbe TkH – Walking Theory à Belgrade: dans ce projet, “illégal” signifie inciter à une autre forme de production de savoir et de discours au sein de non-spécialistes du film, autour de productions plus expérimentales, critiques ou minoritaires. Toute personne intéressée peut proposer un film avec l’obligation d’en parler, d’ouvrir une discussion ou d’inviter des intervenants. Ce procédé tente d’annuler les frontières entre programmateur et public, de mettre en œuvre un processus d’auto éducation à long terme et de créer une communauté culturelle critique.
Aux Laboratoires d’Aubervilliers, les procédures et les contenus d’illegal_cinema seront développés et transformés dans le contexte de la scène parisienne. Le projet aura lieu tous les lundis à 19h30, dans le cadre de la résidence HOW TO DO THINGS BY THEORY de la plateforme TkH aux Laboratoires. Plus d’informations sur www.howtodothingsbytheory.info
illegal_cinema sur internet : sur le site des Laboratoires d’Aubervilliers (calendrier des films projetés et des contributeurs), inscription à la mailing-list d’illegal_cinema, rejoindre le groupe illegal_cinema sur Facebook.
Appel à participation
Seriez-vous intéressé/e par proposer un film ou une série de films ou tout simplement participer aux discussions ? Pourriez-vous avoir l’amabilité de diffuser l’appel à participation ci-joint autour de vous, afin que le projet s’ouvre au plus grand nombre?
Pour plus d’informations ou pour proposer un film, n’hésitez pas à contacter Mathieu Lericq au 01 53 56 15 90 et par e-mail: m.lericq@leslaboratoires.org
Les Laboratoires d’Aubervilliers
41 rue Lécuyer
93300 Aubervilliers
+33(0)1 53 56 15 90
info@leslaboratoires.org
http://www.leslaboratoires.org/
Accès: M° Quatre Chemins Pantin-Aubervilliers (ligne 7)
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Jazz et dope, espoir et frustration sublimés
« Le jazz », me racontait mon père, « a rencontré son stade sublime en passant d’une musique rythmée africaine basée sur la percussion à celle, déstructurée, des cuivres ». C’est le combat mené contre l’essoufflement qui indique au mieux un dépassement sublime de la frustration. Le racisme, le chômage, la ségrégation et les espoirs perdus de l’après guerre de sécession, s’expriment ainsi par le passage du Gospel et du tambour aux saxos et trompettes.
La musique ancestrale, transformée et véhiculée par le frénésie du corps, le piano (ajouté) et les percussions, se transforment en se sublimant : La musique, produite par des corps quasi immobiles, à la limite de la voix et du souffle, perdent le rythme lancinant africain et émergent dans la modernité urbaine et oppressive sous la forme du minimalisme guttural de Billy Holiday, accompagné d’un son strident, saccadé, véhiculant hargne et insatisfaction d’un «Bird» Charlie Parker.
La cocaïne, « white Duke » en la circonstance, depuis la Nouvelle Orléans jusqu’à Chicago et tout au long du Mississipi, accompagne les révoltes mais aussi, en anesthésiant le palais, elle participe à la mutation du gospel en blues, celle de la ferveur religieuse au vague à l’âme existentiel.
« Moins qu’un chien » titrait Mingus son livre, racontant les souvenirs de la marge, de cuites et de dope sous la constante répression policière et la ségrégation quotidienne. Free, libre, n’était que son jazz, le reste n’incarnait qu’ombres, jeu de miroirs entre une œuvre maudite et des spectacles de survie, que seul un cinéaste surgissant – et vivant – d’ ailleurs multiples, John Cassavetes, pouvait conceptualiser dans son film « Shadows » à la fin des années 1950 et dont Mingus écrira la musique. La version finale du film, financé par Nikos Papatakis, ami de Jean Genet et réalisateur du sublime « Abysses », donnera naissance au concept même d’underground. Un autre film underground, « Ice » de Robert Kramer (1969), relate, sous la forme ingénieuse de documentaire science fiction – déstructuré par du free jazz strident – de l’extermination des Wethermen par le FBI. Ces derniers s’aventuraient dans les années 1960-70 à la guérilla urbaine, mais participeront aussi à l’évasion de Timothy Leary le « pape de l’ LSD », et de son exfiltration en Algérie…
Il y certes un parallèle à faire entre les descentes de police dans les cabarets malfamés où se produisait Mingus (mais aussi, plus tard à chacune des performances des Doors) et le plastiquage, en 1975, du cinéma Marbeuf par l’OAS, pour empêcher la séance de « Gloria Mundi » un film de Papatakis qui dénonçait la torture en Algérie, bien avant tout autre.
Il y a paradoxalement un parallèle à faire aussi entre Kansas City et ses bars malfamés où, Dizzy Gillespie, Thelonius Monk et Bird Parker (déjà « passés » à l’héroïne), attiraient critiques enthousiastes et ennuis policiers avec la « Rose Rouge », ce cabaret que créa Papatakis de toutes pièces en 1947 (où se produisit pour la première fois Juliette Gréco) et qui devint le rendez vous de toutes les personnalités du Quartier Latin, à commencer par Sartre, Simone de Beauvoir et Boris Vian. « J’irai cracher sur vos tombes », l’histoire d’un noir qui se cache derrière sa peau blanche, écrite par Vian (et qui se cache à son tour avec humour derrière un pseudonyme « américanisé »), n’est pas loin de « Shadows ». Plus violent, plus cru mais moins réaliste, l’œuvre décrit cette schizophrénie entre être un noir blanc en apparence mais se haïr pour cela et haïr a la fois ceux qui, au nom de leur « couleur », vous oppriment.
« Colors » n’est il pas aussi le titre d’un film de Denis Hopper, des années plus tard, et qui décrit la galère de la police (blanche) d’être dans un quartier noir ravagé par le crack ? Hopper – bien plus jeune -, avait bouleversé la critique mais aussi enclenché une levée de boucliers bien pensants avec « Easy rider », où des red neks (des plouks) du Midwest (les temps changent, aujourd’hui ils sont accros de la met amphétamine) arrêtaient par une salve de chevrotines la chevauchée fantastique (en motos) de soixante-huitards épris de liberté sauvage et de « Marijanne », juste à cause de leurs cheveux longs.
Si les grands espaces westerniens accompagnent le film, la musique, elle, est résolument heavy (avant la lettre) : « roll an other one, just like the other one », ce sont des paroles lancinantes, hypnotiques, voluptueuses.
Si celles du « Pusher » sont de John Kay, le leader du groupe – un exilé de l’Allemagne de l’est -, Billy Holiday n’est pas loin. Paradoxalement, Nina Hagen non plus.
Un autre adorateur de jazz, une sorte de Kerouac urbain, gauchiste pris par la spirale de la violence (ou de son manque), auteur des « souvenirs obscurs d’un juif polonais », tomba aussi sous les salves d’un commando des « protecteurs de l’honneur de la police » mais en vrai. Ses bourreaux, apparemment, n’acceptaient pas qu’un juif polonais soit innocent. Régis Debré, allant dans ce sens, écrira à propos de Pierre Goldmann dans « Les masques » : «Pour le public, il fut sauvé par l’holocauste comme moi par la guerre d’Espagne ».
« Comme pour l’art, la vérité n’existe que dans le regard des autres », conclue Jim Williams, collectionneur sudiste, esthète et dépravé du film de Clint Eastwood, « Minuit dans le jardin du bien et du mal ».
Encore un amoureux du jazz.
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