illegal_cinema #5 – L’ECOLE DE PICKPOCKETS (Sven Augustijnen, 2000)
Dans le cadre du projet illegal_cinema, TkH et Les Laboratoires d’Aubervilliers vous invitent à la projection et au débat:
L’école de pickpockets
(2000, Belgium, 52 min.)
+
Johan
(2001, Belgium, 24 min.)
Auteur: Sven Augustijnen
La séance sera présentée par Bojana Cvejić (musicologue, philosophe et dramaturge).
Lundi 21 Juin à 19:30, Les Laboratoires d’Aubervilliers
“L’école de pickpockets” est un film qui situe sa forme entre le documentaire et la fiction, dans lequel deux voleurs professionnels sont amenés à réaliser une master-class sur l’art du “pickpocketisme” face à la caméra.
“Johan” est un documentaire, tourné pendant la rencontre entre un patient aphasique et un thérapeute de la parole.
Le réalisateur, Sven Augustijnen, est un vidéaste, habitant et travaillant à Bruxelles.
Dans ses vidéos, Augustijnen a développé une manière particulière de montrer la parole. Vous pourriez être tenté d’appeler ses films des documentaires, parce qu’ils présentent la manière dont un sujet ou un groupe de personnes parlent de leur travail et de leurs obsessions, ou plutôt dont ils font leur travail et expriment leurs idées fixes dans leur vie quotidienne. Cependant, le terme de “documentaire” est trompeur dans ce cas puisqu’il ne s’agit pas tant pour Augustijnen de documenter la façon dont ces personnes parlent mais de libérer leur discours à travers son propre travail. Quand la caméra est déclenchée, c’est comme si une valve s’ouvrait et que les mots s’en écoulaient. Ce flot de paroles est tellement séduisant qu’il absorbe rapidement toute l‘attention. En écoutant ce qui se dit, le spectateur se retrouve plongé dans le flux sonore incessant des mots qui tournent sur eux-mêmes. Pourtant, comme dans tout état d’absorption, la perception des détails formels et des événements périphériques est accrue. On commence à observer les particularités de la sonorité des mots et du langage corporel de l’orateur. Dans ces conditions, on ne peut manquer de remarquer toutes les petites choses qui surgissent derrière son dos…
…Le réalisme extrême des travaux d’Augustijnen repose ainsi dans l’acuité avec laquelle il révèle le surréalisme inhérent aux nombreuses manières dont les gens parlent pour obtenir quelque chose, dont leur parole détourne l’attention de leurs actions ou annonce ce qu’ils pourraient ou aimeraient faire par le fait de ne pas en parler du tout et sans jamais cesser de parler pour autant. Son approche est d’un réalisme extrême en ce qu’elle déconnecte son analyse des modes de travail des questions de croyance. On juge d’ordinaire la valeur de vérité d’une itération sur la base de notre foi (ou absence de foi) en l’orateur. C’est pourquoi la recherche d’orateurs crédibles et l’élaboration de modes de présentation qui persuadent le spectateur de la véracité de leurs affirmations a toujours été une préoccupation majeure du genre documentaire. De même, la presse comme les individus aiment à juger les politiciens sur la crédibilité ou l’absence de crédibilité de leur discours, et donc de leur personne. Dans ses travaux, Augustijnen court-circuite et dépasse cette façon de penser : en montrant des orateurs desquels il serait absurde de se demander si ils font ce qu’ils disent, puisque parler est leur activité principale. Ainsi suffit-il d’apprendre à voir ce qui s’expose dans et par leur discours pour saisir le lien secret entre leurs paroles et leur profession.
Le Surréalisme pratique du pouvoir (by Jan Verwoert, in A Prior #4, 2007)
Les séances d’illegal_cinema se déroulent tous les lundis à 19h30 aux Laboratoires d’Aubervilliers.
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TkH and Les Laboratoires d’Aubervilliers within illegal_cinema project
invites you to film screening and a discussion:
L’école de pickpockets
(2000, Belgium, 52 min.)
+
Johan
(2001, Belgium, 24 min.)
Author: Sven Augustijnen
Presentation: Bojana Cvejic
Monday, June 21, 19:30, Les Laboratoires d’Aubervilliers
L’école de pickpockets (2000) is a film between documentary and fiction, in which two professional thieves give a master-class in the art of pickpocketism in front of the camera.
Johan (2001) is a documentary film, recorded during an aphasia patient’s appointment with a speech therapist.
Sven Augustijnen (1970) is a visual artist, living and working in Brussels.
“In his video films Augustijnen has developed a particular style of showing talking. You might be tempted to call his films documentaries because they record how a particular person or group of people talk about their work or obsessions, or actually do their work and act out their obsessions in a real life everyday situation. Still, the term ‘documentary’ is misleading here because it’s not so much that Augustijnen documents how people speak. It is more that he releases their discourse in his works. When the camera begins recording, it feels like a valve is opened and words start spilling out. This stream of words is so seductive that it swiftly absorbs your attention. Listening to what is being said you might not actually be really listening, but more going with the flow of the constant sound of words spinning around themselves. Yet, as in any state of absorption, you become highly perceptive to formal details and lateral events. You begin to observe the particularities of the sound of the words and the body language of the speaker and you cannot fail to notice all the small things that keep happening behind his back…
…The extreme realism of Augustijnen’s works thus lies in the attentiveness with which he shows the practical surrealism inherent in the many ways that people talk to get things done, in how they talk always to divert attention from what they are doing and in how they talk to gesture towards what they might be doing or desiring to do by not talking about it at all while at the time they never stop speaking. The realism of his approach is extreme because he disconnects his analysis of how works work from questions of belief. Normally, we judge the truth-value of an utterance on the basis of whether we believe the speaker or not. This is why it has always been a major concern in the genre of documentary film to find believable speakers and present their statements in ways that will persuade viewers into believing them to be true. Similarly, both the press and the people like to judge politicians on the ground of whether what they say is (and thus makes them) believable or not. In his works Augustijnen short-circuits this way of thinking and moves beyond it. He does so by showing us speakers in relation to whose way of speaking it would clearly make no sense to ask whether we believe that their words ‘match’ their deeds (or not) since talking is essentially what they do. So to grasp the secret link between their words and the trade they practice we simply have to learn to see what is exposed in _and _through their discourse.”
Jan Verwoert, “The Practical Surrealism of Power”, A Prior #4, 2007.

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